Christian Troadec, one-man-show version terroir

 

Chrisitian Troadec, tête de liste de "Nous te ferons Bretagne"

 L’homme ne laisse pas indifférent. Né le 24 mars 1966,  à Carhaix-Plouguer, dans le Finistère, le maire de la ville divise, à droite comme  à gauche. Aux critiques, parfois acerbes, il se contente de répliquer qu’il refuse de faire de  « la politique de caniveau ».

 Christian Troadec vient de créer son mouvement, au titre un peu grandiloquent : « Nous te ferons Bretagne ». Derrière cet aspect un peu pompeux, l’homme veut pourtant croire qu’il va rassembler tous ceux qui sont déçus par des grands partis. 

 Il souhaite que la Bretagne devienne autonome, qu’ « elle retrouve la place qu’elle mérite ». L’objectif est d’atteindre les 10% aux régionales.

Les critiques fusent

 Lui-même est un déçu de l’UDB (Union démocratique bretonne), un parti politique autonomiste situé  à gauche. Il considère que « leur manière de revendiquer était bien molle. Je m’attendais à autre chose ».

 Les réactions de l’UDB ne tardent pas à fuser. Christian Guyonvarc’h, vice-président du Conseil régional de Bretagne, se fait le porte-parole du parti. Il critique l’alliance que Troadec a réalisé avec le Parti Breton pour créer sa liste : « Refuser de choisir entre la Droite et la Gauche, voire tenir des discours de gauche tout en menant une politique de droite, c’est nourrir la confusion. Comme il sied  à  Nicolas Sarkozy. Les Bretons ont besoin de choix clairs. Lui qui se dit toujours de gauche, il ne peut méconnaître les alliances  à  droite du Parti Breton. »

 Les critiques vont parfois plus loin. A l’homme que ses admirateurs disent charismatique, Pierre Chapin, journaliste au Télégramme, explique que « ses adversaires voient en lui un homme plus soucieux de son image que de ses convictions politiques. Ni de gauche ni de droite. Juste populiste, disent les plus hostiles ».

 Docteur Jekyll and mister Hyde ?

 Christian Troadec, adepte des bons mots a fait du mot « écoute » son leitmotiv. Il se qualifie lui-même d’ humaniste. Qualité  essentielle, d’après lui, pour « réaliser des choses au nom du collectif ».

 Humaniste ? A entendre le témoignage de Daniel Thénaday, l’ex-directeur de l’Espace culturel  Glenmor de Carhaix, l’homme ferait plutôt figure de despote. Viré sans ménagement après sept ans de service, le principal intéressé déclare que « Christian Troadec a sans cesse lutté contre mon projet ».

 Daniel Thénaday souhaitait transformer l’espace culturel en lieu de diffusion musicale de musiques traditionnelles.  Il accuse Christian Troadec : «  Son seul objectif  était de faire de l’Espace Glenman un lieu commercial et un centre de Congrès. J’étais le dernier verrou  à faire sauter.  »

 « Le maire a toujours  été dans la négation de sa vocation artistique », ajoute-t-il.

 L’attaque est dure pour le créateur des Vieilles Charrues, en 1992 (voir la vidéo). L’événement  reste une de ses grandes fiertés : « un grand festival à taille européenne », aime rappeler Christian Troadec. « Cela a demandé beaucoup d’énergie, mais avec des gens décidés, on arrive à tout. Et puis le jeu en valait la chandelle ».

Un homme d’action qui a du bagout

Lui qui fait l’éloge de l’action en politique a mené une lutte acharnée en 2008 pour éviter la fermeture de la maternité de l’hôpital de Carhaix (Voir la vidéo). « Ma propre femme était enceinte, alors  ça me tenait particulièrement à cœur », raconte-t-il, en usant du registre de la sensiblerie.

 Le mouvement est concluant. L’idée de la fermeture est abandonnée. Mais il rompt quelques temps plus tard avec la majorité de gauche. Celle-ci l’accuse de trahison lorsqu’il engage la Région en faveur d’un processus de fusion-coopération avec le CHU de Brest. Il n’y a alors nulles garanties pour le maintien des services à Carhaix.

 L’homme a de la gouaille, certes. Mais le versant de ce bagout pourrait bien être une certaine dérive démagogique. Il ne s’interdit rien, n’hésitant pas à clôturer un entretien téléphonique par un « bisou ».

Elodie Crézé

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