Solidarité et Progrès, le parti accusé de dérives sectaires

Alexandre Noury, tête de liste Bretagne pour Solidarité et Progrès

De grands yeux bleus, un stylo entre les mains, Alexandre Noury pose ses idées calmement. Une courbe graphique à portée de main lui permet d’appuyer ses déclarations. Selon ce jeune homme de 28 ans, le monde va mal.

Tête de liste en Bretagne pour le parti Solidarité et Progrès, il prône un changement radical du système économique. « Il faut un nouveau Bretton Woods ». Pas très original en période de crise économique.

L’originalité de ce mouvement ? Ses idées bien sûr, mais aussi sa réputation. Plutôt controversée. En effet, plusieurs institutions pointent du doigt « des dérives sectaires ». Enquête.

Fondé en 1996 par Jacques Cheminade, Solidarité et Progrès est inspiré des idées de Lyndon Larouche, un Américain de 87 ans que certains classent à l’extrême-droite.

Alexandre Noury propose plusieurs idées pour la région:

  • Construction d’un réseau ferroviaire utilisant l’aérotrain, pour pouvoir placer toutes les grandes villes bretonnes à 15 minutes les unes des autres
  • Bâtir un grand musée à la gloire de Kepler, pour plonger les visiteurs au coeur des grandes découvertes
  • Utiliser le « nucléaire nouveau, les petits réacteurs à haute température adaptés à notre environnement. »

Le 15 janvier 2010, le parti postait sur Dailymotion cette vidéo de campagne pour faire connaître ses objectifs politiques (Voir la vidéo).

Mais les ambitions de Solidarité et Progrès ne se limitent pas à la politique bretonne. « Dans notre campagne, nous avons des idées internationales, nous voulons changer le monde. Nous souhaitons donner une véritable identité à la région en lui donnant un sens vis-à-vis des autres. Faire de la Bretagne le phare du nouveau monde », explique Alexandre Noury.

Mise en garde des associations

C’est justement ce nouveau monde qui effraie certaines associations. Et plus encore les méthodes de recrutement, comme l’explique l’Unadfi (Union nationale de défense des familles et de l’individu) qui étudie les mouvements sectaires.

« Le mouvement opère surtout auprès des jeunes, particulièrement en période électorale. Ils lâchent tous les études, certains rejoignent même l’Amérique. C’est un mouvement très accrocheur, les jeunes se laissent avoir par le discours, surtout en cette période de crise. Mais après, ils ont du mal à en revenir. Derrière des idées politiques et humanitaires se cachent en fait des thèmes de l’extrême-droite ».

Pourtant, on ne peut pas dire que Solidarité et Progrès est une secte pour la bonne raison qu’il n’existe plus de liste officielle des sectes. C’est pourquoi l’on parle seulement de « dérives sectaires » aujourd’hui. Toutefois, l’Unadfi précise bien que, dans le giron de Solidarité et Progrès, « quelques critères répondent à ce que l’on appelle des dérives sectaires ».

Même son de cloche du côté du CCMM (Centre contre les manipulations mentales). « Ils sont signalés auprès de nos services comme un mouvement à dérive sectaire. Ils ont deux objectifs : le pouvoir et l’argent », explique le colonel Guimard, vice président du CCMM d’Ile-de-France.

L’antenne rennaise de l’Unadfi précise pour sa part recevoir tous les ans une dizaine d’appels de parents, inquiets de la trajectoire de leur enfant. Sur le site prévensectes, on tombe sur le témoignage d’un jeune qui aurait fait partie de Solidarité et Progrès.

On peut y lire que Nicolas a été attiré par des idées « vraisemblables » Et l’étudiant poursuit : « leur méthode de recrutement commence par vous dégoûter de la société dans laquelle nous vivons. » « Là, ils nous livrent LA solution, la seule: un nouveau système économique. Le seul moyen c’est de se battre pour Larouche ».

Vigilance ou « vide intellectuel » ?

Attention toutefois, car la Miviludes (Mouvement interministériel de vigilance et de lutte des dérives sectaires), prudente, invite à prendre du recul. Même si elle aussi concède qu’il y a bien une « dérive sectaire » chez Solidarité et Progrès.

Qu’en dit Alexandre Noury ? Il rétorque que ces accusations ne sont que du « vide intellectuel ». Le jeune leader va plus loin : « Si vous voulez tuer votre chien, vous dites qu’il a la rage. C’est vieux comme le monde. Moi je ne suis pas pour les sectes, si quelqu’un était dedans, je serais le premier à l’aider. Et puis quel crédit peut-on donner à l’Unadfi ? Ils ont des tracts dans lesquels un mot a été caché au correcteur blanc et, dessous, c’est écrit déprogramming. Je ne sais pas si vous avez une idée de ce que c’est. Ce sont les spécialistes du lavage de cerveau. C’est Orange mécanique. Ce ne sont pas nos méthodes ».

Simon Jousset

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