Front National : « Nos idées progressent »

Jean Paul Felix, tête de liste FN en Bretagne.

Cédric Abdilla, 27 ans, secrétaire départemental « séduit par le discours de Le Pen en 2002 », tête de liste en Ille-et-Vilaine, s’emmêle les pinceaux et dit qu’il aspire à devenir conseiller « général ».

A un mois des élections régionales, les deux candidats lepénistes incarnent chacun une génération FN. Et tentent à leur manière de « dédiaboliser » l’image de leur parti.

Jugez-vous le débat sur l’identité nationale nécessaire dans une région peu touchée par l’immigration comme la Bretagne ?

Jean-Paul Félix : C’est un problème lié à l’immigration. Jusqu’en 1980, il n’y avait pas de problème avec les Espagnols, les Italiens, les Tchèques… Ceux qui posent problème, ce sont ceux d’autres cultures qui, à mon avis, ne veulent pas s’assimiler. En Bretagne, c’est vrai que c’est un phénomène peu important, sauf dans les grandes villes comme Rennes et Nantes. Ailleurs dans les campagnes, l’immigration est un épiphénomène.

Cédric Abdilla : Le débat sur l’identité nationale est nécessaire mais c’est la façon dont il a été mené qui est contestable. Il est très politique.

Ce débat est-il une manœuvre pour capter votre électorat juste avant les élections ?

J.-P.F : Les gens qui me parlent d’identité nationale me parlent d’immigration. Là-dessus, le gouvernement n’a pas réussi à capter notre électorat. Ce sont des propos dignes du café du commerce, les gens s’en rendent compte. L’immigration, c’est le contrôle à nos frontières, devenues de véritables passoires. Pour moi, il n’y a que 2% de positif dans l’action du ministère de l’identité nationale. Le drapeau et l’hymne national n’auraient jamais dû disparaître dans les écoles. On devrait aussi enseigner l’histoire des monuments aux enfants !

C.A : Les conclusions tirées par François Fillon sont nulles. A l’arrivée, il n’a aucune utilité, ce débat. D’ailleurs, toute la classe politique le voit comme une manœuvre électorale. Tous les débats ont été menés en préfecture, du coup les citoyens ne se sentent pas concernés.

Avez-vous observé une évolution de votre électorat depuis que Marine Le Pen a un rôle prépondérant dans votre parti ? Est-il plus jeune, plus féminin, plus coloré… ?

J.-P.F : Marine Le Pen n’est pas présidente ! Mais c’est vrai qu’elle est très médiatique, elle plait beaucoup. Elle a effectivement permis de toucher un public plus jeune, plus féminin, voire plus coloré.

C.A : Il y a un regain pour le Front national depuis les Présidentielles. C’est lié à une déception vis-à-vis du gouvernement. Avec Sarkozy, on s’est fait avoir une fois, pas deux.

Existe-t-il différents courants au sein du FN ? Duquel vous sentez-vous le plus proche ?

J.-P.F : Non, il n’y a aucun courant. C’est le président qui a cimenté le parti. Au fond, on ne change pas les fondamentaux du FN. Notre socle c’est la fiscalité, le chômage, la sécurité et l’immigration.

C.A : Il n’y a pas de courant au FN. Les adhérents partagent tous les mêmes idées, à savoir la défense de l’identité nationale, l’amour de la nation… Il existe bien des petites dissensions sur les personnalités mais, sur le fond, c’est la même chose.

Cédric Abdilla, tête de liste en Ile-et-Vilaine.

Discutez-vous avec le PS, l’UMP ou avec d’autres partis en vue d’un rapprochement au second tour ? Pour qui appellerez-vous à voter ?

J.-P.F : Non, on ne discute avec personne car ils ne veulent pas de nous. Ils veulent de nos voix mais pas de nos gueules ! Nous sommes la première force d’opposition, on se sent donc plus proche des forces de Gauche que de la Droite car nous avons le même ennemi commun, le gouvernement. On a même soutenu des projets socialistes au Conseil régional. Néanmoins, au second tour, je ne donnerai pas de consignes de vote !

C.A : (Rires) Je doute que le PS veuille s’allier avec nous. L’UMP a clairement dit que ce ne sera pas le cas. On sera tout seuls. Et si on n’est pas au deuxième tour, j’appellerai à voter, soit contre le gouvernement, soit à s’abstenir. Mais pour aucun candidat en particulier. Nous sommes plus une force de proposition qu’un parti d’opposition. Les idées du FN sont reprises très souvent, comme l’identité nationale. Nos idées progressent…

Que pensez-vous des quotas ? N’est-ce pas un peu gadget ?

J.-P.F : Au FN, on est contre la double nationalité. C’est plus l’identité ça. Regardez, il y a 756.000 franco-marocains qui votent ici en France et là-bas au Maroc ! C’est très mauvais pour l’identité nationale. Sur les listes électorales, on compte des gens issus de l’immigration sur nos listes. Vous savez, il y a aussi des immigrés qui votent pour nous, faut pas croire…

C.A : Je suis contre les quotas. Il faut que les personnes qui le méritent soient récompensées. On n’est pas pour donner des places à quelqu’un parce que c’est un Maghrébin, un Chinois, ou un obèse, parce qu’il faudrait 4% d’obèses ! Par exemple, si c’est un gars des cités qui réussit, c’est tant mieux pour lui. Au FN, il y a des gens issus de l’immigration qui réussissent. Moi, j’en suis l’exemple : « Abdilla… ». Mais je suis Français ! Je suis né en France… d’un père tunisien.

Etes-vous toujours la tête de turc des médias ?

J.-P.F : Cela dépend des jours, cela dépend des médias. Mais, globalement, j’ai constaté une bonne évolution. On nous écoute plus facilement. Nos propos sont plus objectivement retranscrits, moins déformés. Pas comme avant…Marine y est sûrement pour quelque chose.

C.A : On sent une amélioration dans les médias, notamment sur les petites chaînes comme Direct8, BFM TV, I Tele, etc. Il y  un  regain d’intérêt pour le FN. La personnalité exceptionnelle de Marine a un véritable impact. Grâce à elle, on est davantage sollicités par les médias. Les gens sont touchés par ses discours, ils nous appellent après ses interventions à la télévision pour nous féliciter. Et le lendemain, il y a toujours des gens qui viennent adhérer au parti.

Et Dieudonné ? Quel est son impact sur votre électorat ?

J.-P. F : Cela ne m’intéresse pas. Ce n’est pas ma tasse de thé. De toute façon, il n’a aucun impact politique. Je ne l’ai jamais ni aimé… ni haï. Je déteste les propos que tient Dieudonné. Et puis, avec Jean-Marie Le Pen, ils se sont vus deux ou trois fois, ils ne s’embrassent pas sur la bouche non plus !

C.A : Le soutien de Dieudonné est un soutien personnel. Cela n’a rien de politique. Dieudonné c’est un humoriste, un saltimbanque (rires)… c’est rien du tout ! Quand il parle, il ne représente que lui-même. Il n’a aucun impact sur notre électorat.

En vue d’une ouverture, seriez-vous prêt à accueillir Eric Besson au FN ?

J.-P.F : Ce n’est pas possible ça ! On ne peut pas trahir tout le temps…(Rires)Besson c’est un technocrate, on ne partage pas les mêmes valeurs.

C.A : Pour moi, Besson c’est un traître, comme pour beaucoup de gens ! Il est attiré par la gamelle. Donc il n’a aucun intérêt à venir au FN. Et de toute façon, les portes ne lui sont pas ouvertes.

Propos recueillis par Julie Chenini et Gautier Guigon

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