Les Jeunes communistes prennent leurs aînés à rebrousse-poil

Le 5 février 2010, les Jeunes communistes d’Ille-et-Vilaine ont annoncé officiellement leur soutien à la liste régionale du Front de Gauche. En tête de liste, le maire communiste d’Hennebont dans le Morbihan. Alors que le Parti communiste français a fait le choix de soutenir le candidat socialiste : Jean-Yves Le Drian.

A Rennes, les JC comptent une trentaine de membres, tandis que le parti recense trois cent encartés. Ils sont organisés en deux branches : les jeunes travailleurs et l’Union des étudiants communistes (UEC). Cette dernière se divise en trois secteurs : Villejean, Beaulieu et le centre-ville. Animateur de la section du centre-ville, Kévin Guillas-Cavan, âgé de 20 ans et étudiant à Sciences Po Rennes, s’explique sur cette scission. 

Les Jeunes communistes ont-ils le droit de ne pas suivre le PCF ?

Kévin Guillas-Cavan : Tout à fait. Les JC sont autonomes, ils peuvent décider de leur ligne politique. Habituellement, on colle au PCF. C’est la première fois que nous saisissons ce droit d’autonomie. C’est historique !

Nous avions annoncé dès octobre 2009 qu’en cas d’alliance avec le PS au premier tour, nous ne suivrions pas. Cependant chaque membre reste libre de militer ou non pour le candidat du PS avec le PCF.

Les relations doivent être tendues actuellement avec le PCF ?

K. G-C : On a effectivement eu des échanges par courrier assez musclés. En fait, la décision du parti de rallier la liste du PS et de Bretagne Ecologie a été soumise au vote.

La première consultation a montré que 40% des militants étaient contre une alliance. Chez les jeunes, c’était à hauteur de 20 contre deux. Les élus d’Ille-et-Vilaine et Bretagne sont venus nous voir pour nous faire changer d’avis. Ils ont été un peu chahutés (il sourit).

Quoi qu’il en soit, à la deuxième consultation, l’alliance est passée, mais notre position n’a pas changé.

Pourquoi avoir rallié le Front de Gauche ?

K. G-C : Nous avons suivi la directive nationale. Pour ces élections, le PCF a prôné un rassemblement avec le Parti de gauche. C’est vrai qu’aux précédentes élections régionales, il y avait eu une association nationale avec le Parti Socialiste. D’ailleurs, 20 régions sur 22 sont passées à gauche.

Mais, cette fois, la logique est différente. Toutes les autres sections du PCF se sont rapprochées du PG, sauf en Alsace, dans le Pays-de-la-Loire et en Bretagne. L’Alsace est une terre de droite, donc c’est compréhensible. La Bretagne étant déjà bien à gauche, c’est l’occasion d’approfondir le Front de Gauche.

On est dans une logique de rassemblement et pas d’hégémonie.

Mais alors comment expliquer que le PCF ait choisi cette alliance ?

K. G-C : Le problème du parti n’est pas nouveau. Ça fait quelques années que le PCF n’a plus de programme… Depuis le départ de Robert Hue. A force de s’associer avec d’autres partis, les communistes s’installent et ne sont plus dans une logique de reconquête politique. Certains cherchent à sauver leur siège, c’est évident.

Car en intégrant la liste de Le Drian dès le premier tour, on réduit les chances d’inscrire nos propositions. C’est bien connu, il vaut mieux attendre le second tour pour faire monter les enchères.

Comment voyez-vous l’avenir avec le PCF ?

K. G-C : A Rennes, on a une position moins doctrinaire que d’autres sections des Jeunes communistes. On préfère se dire progressistes, car nous sommes plus modérés. On est capable de discuter avec le PS, mais bon là en l’occurrence on a pas réussi à se mettre d’accord.

On est dans une optique de renouvellement du parti. On veut sortir des clichés de Staline et Lénine. Si on s’allie systématiquement avec le PS, je ne vois pas pourquoi on irait voter pour la copie et pas pour l’original.

Mais au second tour, vous soutiendrez Le Drian ?

K. G-C : Si la droite est en face, nous rallierons bien évidemment le candidat socialiste.

Eléonore Bohn

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