La langue bretonne, alibi électoraliste ?

Les trois partis en tête des sondages (d’après une enquête réalisée par TNS-Sofres) mettent en avant des candidats bretonnants sur leurs listes politiques. Europe Ecologie, majorité présidentielle et PS : aucun ne déroge à la règle.

Tour d’horizon

Pour Guillemin Matthieu, co-directeur de la campagne de Bernadette Malgorn, « la liste de la majorité présidentielle peut s’enorgueillir de présenter neuf candidats réellement bretonnants sur les quatre départements administratifs de la région, tous en position éligible ».

Au PS, Jean -Yves Le Drian (le leader de la liste Le Drian 2010) est carrément allé chercher Léna Louarn, la directrice de l’office de la langue bretonne, pour lui proposer une place sur sa liste. Il lui a offert la 11ème place dans le Finistère.

Europe Ecologie, qui accueille en Bretagne quatre candidats de l’Union démocratique bretonne, offre également une grande visibilité aux candidats parlant le breton. Ainsi, sur chaque liste départementale, l’une des trois premières places est occupée par un bretonnant.

Pourtant, d’après des chiffres officiels, la Bretagne ne compte que 206 000 locuteurs bretons, soit un peu plus de 5% de la population totale (4 300 000 habitants en Bretagne). Plus de 60% des personnes qui maîtrisent cette langue ont plus de 60 ans.

Une nouveauté qui étonne

Fanch Broudic, journaliste et chercheur spécialiste de la pratique sociale, recense, sur son blog Langue Bretonne, les personnalités sachant manier le breton sur les différentes listes déjà établies.

D’après ses observations et les commentaires laissés par des blogueurs, on s’aperçoit que le nombre de personnalités bretonnantes éligibles représente plus de 10% des effectifs. Une grande première.

Olivier Le Moign, directeur scientifique de l’Office de la langue bretonne, est le premier surpris. Néanmoins, il ébauche une explication :

« C’est vrai que c’est nouveau mais, cette année, la mise en avant de la langue bretonne devrait arriver en cinquième position dans les programmes, après les questions liées à l’emploi et le développement durable».

Ce serait donc le regain d’attrait de la langue bretonne qui aurait propulsé les personnalités bretonnantes au premier plan? Ou s’ agit-t-il juste d’un simple argument électoraliste?

Lorsque l’on interroge Alain Clergerie, membre du service presse du PS à Paris, il affirme que « la Bretagne est une région à l’identité forte dont la langue doit être défendue ».

Reste à savoir si la présence de bretonnants sur les listes va réellement rapporter des voix.

Petite enquête de terrain d’une heure, dimanche 7 février, à la bibliothèque des Champs-libres:

46 personnes ont été interrogées. Pas un panel représentatif donc. Mais, tout de même suffisant pour prendre le pouls de Rennes sur cette nouvelle tendance.

La moitié des sondés est née en Bretagne. Or, seulement huit affirment que la présence de personnalités bretonnantes sur les listes peut influencer leur vote.

Une grosse majorité (28 personnes) s’estime indifférente à l’argument bretonnant mis en avant.

Bien sûr, certains peuvent rétorquer que l’Ille-et-Vilaine n’est pas un territoire breton mais gallo. Que la population des villes serait moins sensible à langue bretonne que le monde agricole. Cependant, ces chiffres traduisent un décalage entre la réalité du terrain et les affichages politiques.

La mise en avant de la langue bretonne et de personnalités bretonnantes pourrait bien ne pas être un gage de victoire.

Néanmoins, cet ultime critère peut peut-être faire basculer une élection à la marge. C’est du moins ce qu’écrivait Fanch Broudic suite aux élections législatives de 2002 :

« Toutes les élections, dit-on, se gagnent à la marge. Paradoxalement, en ce début de 3ème millénaire, la langue bretonne qu’on ne parle presque pas pendant une campagne électorale pourrait faire gagner ou perdre une élection ».

Arnaud Eyssautier

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