Les écolos, plus divisés que jamais

Officiellement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes à Europe Ecologie Bretagne. Les régionales ont lieu dans un mois et les Verts se targuent toujours d’avoir réalisé un score historique de 20% aux Européennes, talonnant le PS dans ses propres fiefs, y compris la Bretagne.

Confiant, Europe Ecologie espère une déferlante verte sur la région. L’objectif principal reste  de battre la Droite, mais pourquoi pas en raflant la vedette au PS.

Mais derrière une apparente façade verte unie, la communauté des écologistes de Bretagne est morcelée. Bien que relative, la division suffit à créer la confusion et une certaine cacophonie. 

« Des pratiques de boutiquiers »

L’écologie, victime de sa propre schizophrénie ? Pascale Loget, vice-présidente de la région, est à l’origine, avec Gabriel Cohn-Bendit,  d’une pétition en faveur d’une liste unique des écologistes bretons. Elle exprime son « profond regret devant des pratiques de boutiquiers », alors qu’il y aurait de moins en moins de clivages de fond entre les différents mouvements écologistes.

« Le moment est favorable pour l’écologie car une véritable culture verte a émergé dans les esprits. Pourtant, les partis se déchirent avec haine. Les façons de faire sont parfois un peu hégémoniques », soupire Pascale Loget.

Le risque de ces querelles intestines ? Profiter à la gauche. Alain Uguen, premier élu écologiste breton, lui aussi à l’initiative de la pétition en faveur d’un rassemblement estime qu’« il y en a marre du chacun pour soi au premier tour et de voter PS au second tour ».

Pourquoi le bonheur n’est-il pas dans le pré ? L’association Bretagne écologie, coprésidée par Daniel Cueff et Marie-Pierre Rouger, élus politiques impliqués de longue date dans l’écologie, a accepté la main tendue de Jean-Yves le Drian, tête de liste de la Région pour le PS. Le mariage est consommé, dès le premier tour.

Jean-Marie Goater, candidat Europe Ecologie sur la liste d’Ille-et-Vilaine, lance que ces quelques écologistes « dissidents » ont versé dans l’opportunisme politique. « L’objectif des petits partis, c’est de créer la confusion pour obtenir quelques postes », déplore t-il.

« Bretagne écologie est une manœuvre politicienne organisée par le PS, elle n’est en aucun cas indépendante », renchérit Michel Balbot, directeur de campagne de Guy Hascouët, tête de liste d’Europe Ecologie.

Décroissance contre développement durable

Les Objecteurs de croissance, qui ont rejoint la liste du NPA Bretagne de Laurence de Bouard, trouvent à peine plus de grâce à ses yeux : « Nous avons des positions communes, mais ils sont toujours dans la contestation et leur positionnement est révolutionnaire. Nous, nous préférons les petits matins aux grands soirs ».

La relation se révèle tout de même plus dépassionnée entre les Objecteurs de croissance et EE tant un abîme d’idées les sépare. Ils prônent une écologie radicale afin « d’opérer une décroissance de l’empreinte écologique et des inégalités sociales ». Et ils rejettent la croissance verte et le développement durable, « un oxymore et un gadget néo impérialiste occidental », selon Anne Jordan, référente des Objecteurs de croissance pour la Bretagne.

Quant à l’éventualité de s’allier avec EE, elle est balayée  par une réplique sans appel d’Anne Jordan: « Nous ne sommes pas dans une démarche électoraliste, nous ne sommes pas des professionnels de la politique. Le but est de créer un mouvement social organisé, d’être plus présents dans les organes de la démocratie pour rendre nos idées plus visibles. Mais nous ne sommes pas prêts à y parvenir en transigeant sur nos idées au prix d’ambiguïtés politiciennes ».

Petits meurtres entre amis

Les « parias » vilipendés par EE contre-attaquent, légitimant leur volonté de s’affranchir du grand parti des Verts. Pour Daniel Cueff, l’alliance avec Jean-Yves le Drian est un choix pragmatique, car « la Bretagne a des croyants mais pas assez de pratiquants ».

Il attaque pour sa part son adversaire, Guy Hascouët, qu’il estime « parachuté » dans la région : « La stratégie d’EE est nationale, ils cherchent à faire le score le plus élevé dans les régions. » Une stratégie nationale, le gros mot est lâché…«  Les Verts s’occupent d’Europe Ecologie, Bretagne-écologie s’occupe de l’écologie », conclue Daniel Cueff avec verve.

Jean Morvan, tête de liste d’Alliance indépendante écologiste, qui regroupe Génération écologie, le Mouvement écologiste indépendant, et « la France en action », laisse planer le suspense : impossible de savoir avec quel parti ils feraient alliance, à un mois du premier tour.

Jean Morvan admet que « globalement, les idées sont les mêmes » entre toutes les mouvances écologiques. Alors pourquoi avoir refusé une alliance avec EE ? La peur du phagocytage semble avoir largement joué : « le parti n’avait que 25 % à nous accorder sur les listes, contre 50% pour les Verts et 25% pour l’UDB. Et puis notre spécificité est que nous ne sommes pas classables, ni de gauche, ni de droite, contrairement à certains partis qui sombrent dans des dérives très à gauche », assène t-il.

Si l’occasion fait le larron, les écologistes, eux, risquent de passer à côté d’une belle opportunité de se réunir pour gagner. L’adage selon lequel la somme des partis n’est pas le parti de la somme n’a jamais sonné plus juste.

Elodie Crézé

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