Réunifier la Bretagne : un faux débat ?

C’est un vieux serpent de mer des débats bretons. A en croire les sondages, la question de la réunification de la Bretagne agite toujours autant les espoirs et les craintes du peuple armoricain. La campagne électorale des régionales 2010 le prouve.

En effet, cette année, le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne fait partie intégrante des arguments des candidats à la Région. Et pas seulement chez les groupes régionalistes.

Alors qu’une grosse moitié de Bretons y est favorable, les grands partis nationaux se sont aussi emparés du débat. Tout comme ils se sont emparés de la question de la sauvegarde de la langue. La campagne 2010 est celle de l’identité bretonne.

Nantes, la Bretagne historique

Pourquoi une telle agitation ? « Ça coule de source », pour les défenseurs de la culture bretonne, comme Yannick Boulard, professeur à l’école de breton Skol An Emsav. Il estime qu’on ne pourra pas « faire l’économie de la réunification ».

Nantes est bretonne, historiquement. Le château des ducs de Bretagne se trouve à Nantes, et on parlait le breton jusqu’à Guérande. Le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne s’impose donc comme une évidence pour les défenseurs de l’identité bretonne (voir la vidéo).

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A question populaire, réponse politique. Surtout en période électorale. Mais pour l’heure, l’enjeu de la réunification reste abstrait et centré sur des questions culturelles.

Et les arguments historiques, linguistiques et populaires ne manquent pas. On joue sur l’identité bretonne, sur la « celtitude ». Pour David Bensoussan, professeur d’histoire à l’Institut d’études politiques de Rennes et au lycée Chateaubriand, la réunification est « un thème que l’on pense, à tort ou à raison, porteur ». « La propagande pro-rattachement est telle qu’il est difficile pour un politique de s’y opposer », ajoute-t-il.

Pour cet historien, rattacher la Loire-Atlantique à la Bretagne ne présente pas d’intérêt économique. « On joue sur l’aspect à la fois électoraliste et sentimentaliste. Le débat est détaché de préoccupations importantes, et notamment économiques ». « A tort », souligne Stefan Moal, maître de conférences en breton à l’Université Rennes 2. Ce dernier y voit un intérêt, notamment touristique.

Même du côté des militants en faveur d’une Bretagne réunie, on craint un discours électoraliste vide de projets concrets. « Ce que disent les politiques là-dessus, ce sont seulement des vœux », estime Stefan Moal. Comme ceux qu’avait prononcés Jean-Yves Le Drian, lors de son élection à la présidence de la région. Il termine aujourd’hui son mandat sans avoir fait avancer réellement les choses.

Une collaboration Nantes/Rennes

En fait, la question d’un rapprochement avec Nantes se joue à un autre niveau : celui des villes. « L’alternative mise en place par Daniel Delaveau (maire de Rennes) et Jean-Marc Ayrault (maire de Nantes) est une dynamique métropolitaine », explique David Bensoussan. Un rapprochement qui n’est pas l’œuvre de la région, et ne satisfera peut-être pas les partisans d’une Bretagne unifiée.

La collaboration économique et culturelle entre les deux villes passe aussi par les transports. La construction du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à 20 minutes de Nantes, nécessite une ligne ferroviaire à grande vitesse entre les deux villes pour le desservir. De même, les deux municipalités envisagent une collaboration plus étroite en termes de culture et de recherche.

Le débat touchant au rapprochement économique des deux grandes métropoles serait alors l’apanage des édiles, ce qui marginalise la Région. « Le Drian voit d’un mauvais oeil cette dynamique entre les deux maires. Si le rapprochement se joue au niveau des métropoles, quid du conseil régional ? » résume David Bensoussan. C’est sans doute pourquoi la campagne des régionales met autant l’accent sur les questions culturelles et historiques.

Stefan Moal, lui, regrette l’orientation prise par les grandes villes. « Je crois en un maillage très dense de petites villes. C’est ce qui fait la Bretagne aujourd’hui ». Il craint une trop grande urbanisation qui risquerait de vider les campagnes. « La Bretagne ne se résume pas à ses grandes villes », conclut-il.

Agathe Lauriot dit Prévost

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