Région ou Etat : qui pour lutter contre les algues vertes ?

Environnement, tourisme, agriculture : le problème des algues vertes concentre de nombreux enjeux pour la Bretagne. En pleine campagne pour les régionales, partis et associations se positionnent. En filigrane du débat : qui, de la Région ou de l’Etat, doit s’occuper du problème?

 

Vendredi 5  février, l’Etat a présenté un plan de lutte contre ce fléau qui touche les plages bretonnes. « Insuffisant», répondent les écologistes. (Voir la vidéo)

UMP : le statu Quo

Bernadette Malgorn, tête de liste de la Majorité Présidentielle pour les élections régionales, soutient le plan du gouvernement. D’ailleurs Marie-Pierre Rouger, de Bretagne Ecologie, dénonce, dans un communiqué presse, le lendemain de l’annonce du gouvernement, la récupération politique, en plein contexte électoral :

« La candidate préfète Bernadette Malgorn était d’ailleurs, ce jour, en baie de Saint-Michel-en-Grève, -un véritable « site com’ »-, même si ce n’est pas la meilleure période pour constater les dégâts des nombreuses autorisations-régulations d’élevages pilotées par l’Etat dont elle fut en son temps un élément très actif. »

Bernadette Malgorn déclare, de façon évasive, qu’« il faut agir aux côtés des collectivités de base. La Région ne peut pas s’encombrer avec de nouvelles responsabilités. » L’Etat serait donc le principal acteur dans la lutte contre les algues vertes.

Europe Ecologie : « Seule la Région peut répondre aux réalités locales. »

Une opinion que ne partage pas Europe Ecologie. Michel Balbot, directeur de campagne d’Europe Ecologie Bretagne, estime en effet que la Région serait mieux à même de régler le problème des algues vertes. Mais à condition d’obtenir plus de pouvoirs :

«  Nous sommes pour le transfert de la compétence « qualité de l’eau » à la Région, et pour que les aides de la Politique Agricole Commune (PAC) soient versées aux Régions. Ces dernières décideraient ensuite à qui les octroyer. »

La Région ne peut pas, pour l’instant, agir sur les pratiques agricoles. Quant à la compétence « eau », elle est aujourd’hui répartie entre la Région, les départements et l’Etat. Ce qui rend le système illisible et l’action difficile.

PS : « La Région, avec l’Etat. »

Plus de compétences pour la Région, Jean-Yves Le Drian le réclame. Il souhaite lui aussi obtenir le transfert de la compétence « eau » et la régionalisation des aides de la PAC. « La compétence eau, je la réclame depuis 6 ans », a déclaré le Président sortant de la Région, mardi 9 février, lors d’une conférence de presse.

« Il faut que la Région soit identifiée comme étant en charge de l’eau, explique Thierry Burlot, conseiller régional socialiste. Cela lui permettra de mettre en place des mesures incitatives, afin de favoriser les mises aux normes des exploitations agricoles. »

Mais l’Etat aurait toujours son rôle à jouer dans la résolution du problème : « Le non-respect de la réglementation autour de l’eau doit être sanctionné par l’Etat. Puisqu’il est responsable de la situation, il doit aussi payer les amendes de l’Union Européenne pour le non-respect de la qualité de l’eau. »

Car derrière la répartition des compétences se cache un enjeu financier. Or, Jean-Yves Le Drian craint que le plan du gouvernement ne soit étendu. En effet, pour l’instant, ce dernier ne vise que deux baies bretonnes, celles de Lannion et de Saint-Brieuc. Mais il pourrait être appliqué à six autres baies.  L’enveloppe budgétaire prévue par le gouvernement ne suffirait pas. Et la Région pourrait voir sa participation financière augmenter. Ce qui explique la prudence du président sortant.

Haltes aux marées vertes : « C’est à l’Etat de s’attaquer au problème »

La participation financière de la Région, Michel Guillemot la refuse. Le président de l’association Haltes aux marées vertes est catégorique. Pour lui, la Bretagne n’a pas à assumer financièrement les conséquences de l’inaction de l’Etat.

 « L’Etat doit répondre aux marées vertes comme il le fait pour les marées noires. D’ailleurs, le 1er décembre 2009, la Cour administrative d’appel de Nantes l’a jugé responsable de la prolifération des algues vertes. »

 « C’est à l’Etat de faire évoluer les pratiques agricoles. Un code de l’agriculture permettrait de réduire la production de nitrates. »

Attention toutefois, la Région pourrait aussi avoir son rôle à jouer. Le président d’Haltes aux marées vertes veut lancer un label pour les produits alimentaires qui ne contribuent pas à la prolifération des algues vertes. « Ce label serait apposé aux produits issus d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Aux consommateurs de faire leur choix. » Pour le mettre en place, Michel Guillemot compte bien sur le soutien de la Région.

Simon Gouin

Publicités

Les commentaires sont fermés.