Indépendantistes : un défi des partis traditionnels

Emgann, parti de la gauche indépendantiste, est devenu Breizhistance.

L’annonce n’a pas fait grand bruit. Le parti indépendantiste de gauche, Breizhistance, anciennement Emgann, a déclaré son soutien à Europe Ecologie, dimanche 7 février. Lionel Henry et Morgane Cotten, deux militants de Breizhistance, ont rejoint la formation écologique. Ils sont candidats d’ouverture, aux 18 ème et 19 ème positions sur la liste d’Ille-et-Vilaine. Ils ont donc peu de chances d’être élus. 

 Europe Ecologie : un parti indépendantiste ?

« Après une discussion avec leur directeur de campagne, Europe Ecologie a trouvé notre programme très intéressant. Ils savent aussi que cette alliance aura un impact électoral positif… », explique Gaël Roblin, responsable des relations extérieures de Breizhistance. 

Gaël Roblin affirme que Christian Troadec, tête de liste de Nous te ferons Bretagne, les avait contactés en octobre. « Mais il a préféré s’allier au Parti Breton, qui est à des années-lumière de notre programme social. »    

Le NPA est aussi contacté, mais « les discussions hexagonales prenaient le pas sur les questions de démocratie locale », estime le militant. Finalement, Breizhistance est séduit par la référence au peuple breton et la proposition d’une assemblée législative faite par Europe Ecologie. Michel Balbot, directeur de campagne d’Europe Ecologie Bretagne, nuance :   

« Nous voulons une Région dotée d’un pouvoir réglementaire qui permettrait d’adapter les réglementations en fonction des réalités locales. Nous sommes pour une république fédérale et européenne. » 

Un projet assez éloigné, finalement, de la République bretonne, indépendante et sociale, défendue par Breizhistance. D’ailleurs, sur les relations avec le parti indépendantiste, le directeur de campagne d’Europe Ecologie reste prudent. Il rappelle le rassemblement avec l’UDB, qui n’est pas indépendantiste, et préfère parler de soutien de Breizhistance, plutôt que d’alliance  :   

« Pour Breizhistance, c’est très bien s’ils se joignent à nous. Si cela peut leur permettre d’avancer, puisque leur radicalité est en train de disparaître et qu’ils souhaitent faire de la politique autrement… . »   

Ainsi, officiellement, il n’y pas d’alliance entre les deux formations. D’ailleurs, les candidats Breizhistance sont des candidats d’ouverture, qui apparaissent, sur la liste Europe Ecologie, sans leur étiquette « Breizhistance ».   

Faire oublier « la réputation sulfureuse d’Emgann »

Romain Pasquier, politologue au laboratoire du CRAPE, observateur de la vie politique bretonne, résume le défi d’Europe Ecologie en ces termes :   

 « Pour Europe Ecologie, il est toujours bon d’avoir un nouveau soutien politique. Mais la formation politique doit faire face à la réputation sulfureuse d’Emgann, aujourd’hui devenue Breizhistance. Certains de leurs responsables ont été mêlés de près ou de loin au terrorisme.»   

« C’est pourquoi le parti écologique tient à se distinguer d’Emgann. Sinon, il prêterait le flanc à des attaques sur l’indépendantisme et sur l’infiltration d’Europe Ecologie par des groupes radicaux. »   

La manœuvre politique est donc périlleuse mais électoralement stratégique.  Pour Gaël Roblin, de Breizhistance, « si les autres partis s’intéressent à Breizhistance, c’est que nos idées sont répandues dans la société bretonne. Après, chacun le dit avec ses propres mots. Mais ça revient au combat que nous menons. »   

Cependant, l’indépendantisme breton ne domine pas les débats des régionales. Mais chaque parti se positionne sur la langue, l’identité ou la culture bretonnes.  Les formations politiques affirment aussi la présence, sur leur liste, de nombreux élus bretonnants.   

Vrai débat ou écran de fumée? 

Bernadette Malgorn, candidate UMP, n’a pas souhaité s’exprimer sur les partis indépendantistes ou autonomistes. Mais elle se dit très attachée au développement de l’enseignement bilingue. Elle déclare également que « le rattachement avec la Loire-Atlantique doit être traité avec sérieux », sujet sur lequel « les socialistes, après 6 ans à la tête de la Région, n’ont pas avancé ».   

« Des manœuvres électoralistes », selon Jonathan Guillaume,  le porte-parole de Breizhistance :   

« A quelques semaines des élections, le sénateur-maire UMP Dominique de Legge a présenté au Sénat un projet d’amendement pour rendre la réunification de la Bretagne juridiquement possible. Quand on gratte un peu, on se rend compte qu’il n’y a rien. Tout sera oublié au lendemain des élections. »   

« Quant au PS, qui a été à la tête de la Région, de la plupart des Conseils généraux et des villes, rien n’a été fait, malgré les velléités régionalistes de Jean-Yves Le Drian ! »   

Alors, stratégie politique ou réelle volonté de changer les choses ?  Le bilan sera fait dans quatre ans. En tout cas, « jamais la question bretonne n’aura été aussi présente dans une élection régionale », constate Romain Pasquier.    

« Les marqueurs identitaires tels que la langue ou la culture font partie du débat public en Bretagne. Ils constituent un fond de culture régionale que les candidats doivent se réapproprier, afin de coller au terrain. »   

« Mais aujourd’hui, l’actualité de la réforme territoriale favorise cette expression. Les partis politiques doivent se prononcer sur le rattachement à la Loire-Atlantique. » 

Simon Gouin

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