Clearstream, le remake breton

Jacques Le Guen

Une proche de Sarkozy. Un villepiniste. Une seule place en tête de liste. Qualifié de « Clearstream finistérien » par le candidat socialiste Jean-Yves Le Drian, le début de campagne de la majorité présidentielle a des allures de série B.    

Le conflit qui oppose depuis plusieurs mois Bernadette Malgorn à Jacques Le Guen n’en finit pas de rebondir. Dernier événement en date : l’ouverture, avancée de quelques mois, d’un Club Villepin à Vannes début février. Un second pourrait voir le jour dans le Finistère, département qui accueillera la visite de l’ancien Premier ministre le 15 février. De quoi attiser encore plus les tensions dans ce feuilleton fratricide. Résumé des épisodes précédents :    

Episode 1 : Les origines du mal

En mars 2009, le villepiniste Jacques Le Guen se rêve déjà chef de file de l’UMP et tête de liste dans le Finistère pour les régionales, après un vote des militants bretons. Mais se targuer d’être « un élu de la base » ne suffit pas face à Bernadette Malgorn, proche de Sarkozy et soutenue par les instances nationales du parti.    

Ses ambitions volent en éclat au bout de quelques mois. Le 27 novembre, c’est l’ex-préfète qui est investie tête de liste régionale pour les élections de mars 2010.    

Se faire souffler la tête de la Région, passe encore pour Le Guen. Se faire doubler par Malgorn sur la liste du Finistère, en revanche, c’en est trop. La pilule finit pourtant par passer. Reçu à l’Elysée par Sarkozy le 30 novembre, Le Guen accepte d’être n°2 dans le Finistère.    

Bon perdant ? Non. Habile négociateur ? Ça se pourrait bien… En effet, Le Guen n’accepte de renoncer à la première place sur la liste du Finistère qu’à une condition : nommer quatre de ses proches en position éligible sur cette liste. Sarkozy le lui aurait promis, mais Bernadette fait de la résistance.    

Episode 2 : Match Point

Le 20 janvier, les deux adversaires se rencontrent pour trouver un accord. Match nul, 0-0, aucun compromis n’est trouvé. Le Guen réclame alors un nouvel arbitrage de l’Elysée. Malgorn préfère régler l’affaire localement.    

Sarkozy n’intervient pas ? Qu’à cela ne tienne, Le Guen se tourne vers Xavier Bertrand, président de l’Assemblée nationale, qu’il rencontre le 27 janvier. Un coup d’épée dans l’eau puisque Bernadette Malgorn refuse de modifier la liste qu’elle a préparée, sur laquelle seuls ses candidats, à l’exception de Jacques Le Guen, sont en position éligible.    

Episode 3 : La menace fantôme

Bernadette Malgorn

 La diplomatie et la négociation ayant échoué, Jacques Le Guen tente le tout pour le tout et s’essaye aux menaces. Le 30 janvier, il lance un ultimatum à sa rivale : si elle ne se plie pas à sa volonté, il prendra « les choses en main ».    

Pour faire passer le message, il s’adresse à Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée. Comble de l’ironie, celui-ci est également le père de François Guéant… que Malgorn a imposé en position éligible dans le Morbihan, s’attirant les foudres du clan villepiniste.    

Ignorant le danger, Malgorn présente officiellement ses listes le 31 janvier et lance sa campagne. Le Guen boycotte l’événement. Le suspense plane sur ses intentions. RAS,  soutient Malgorn, qui minimise l’impact de ce feuilleton : « C’est regrettable mais Jacques Le Guen partage notre projet, il a sa place sur notre liste. Il a l’expérience de la vie locale ».
 

Episode 4 : Liste d’attente

Le 3 février, l’irréductible Le Guen rencontre à nouveau Xavier Bertrand et assure que « les choses rentrent dans l’ordre », sans toutefois laisser filtrer la moindre information sur un éventuel accord. Le lendemain, l’Elysée soumet une nouvelle liste à Malgorn. Le dénouement est proche.  

Très mystérieuse, cette nouvelle version de la liste subit de derniers remaniements dans la nuit du mardi 9 février au mercredi 10 février. Le Guen n’est que « partiellement satisfait » de la version finale mais, devant les efforts de sa rivale, il renonce à monter une liste concurrente.    

La liste définitive ne sera vraisemblablement pas dévoilée avant lundi 15 février, date limite de dépôt des listes. Malgorn respectera-t-elle ses engagements ? Le Guen la laissera-t-il mener sa campagne ? Réponse dans quelques jours…    

Anne Le Bon et Lucie Crisa

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