Extrême-gauche : deux soldates en campagne

Valérie Hamon

Françoise Dubu  et Valérie Hamon sont toutes deux têtes de liste pour les élections régionales de mars 2010. La première, avec ses longs cheveux bruns, des petites lunettes et le sourire aux lèvres, conduit le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en Ille-et-Vilaine. La seconde, petite brune aux cheveux courts, au regard pétillant et au caractère bien trempé, représente Lutte Ouvrière (LO) en Bretagne. Ces femmes de caractère défendent avec ferveur leurs convictions. Rencontre  

Si elles sont toutes les deux porte-parole des luttes sociales, leur environnement familial et professionnel est totalement différent.  Françoise Dubu, 52 ans, est mère de deux garçons déjà majeurs. Elle est professeure des écoles.

Faire front à la vie politique et familiale 

Investie dans les actions du NPA, elle ne s’arrête jamais et peine à comprendre l’inactivité. « Maintenant, quand je vois des gens qui ne sont engagés nulle part, je me demande : mais comment font-ils pour ne pas s’ennuyer ? » s’interroge-t-elle.  

Lucie, 20 ans, étudiante en licence d’Histoire à Rennes 2 et militante au NPA, a été son élève il y a une dizaine d’années, en CM1. Elle témoigne. « A l’époque, je ne savais pas du tout qu’elle militait. Mais maintenant, avec du recul, je peux dire que ça se sentait », se souvient l’étudiante. « Elle faisait attention à laisser chaque élève s’exprimer et elle nous a sensibilisés à des sujets tels que le fascisme ou encore le côté dramatique des guerres ».  

De son côté, Valérie Hamon, 38 ans, est la benjamine des régionales. « Je n’ai pas d’enfant, mais ce n’est pas un hasard. Il faut du temps pour mener de front vie politique et vie familiale » argue-t-elle. Sa vie professionnelle est bien remplie. Depuis 2000, elle occupe une place de conductrice de train à la SNCF. « Mais je ne me sens pas différente de ceux qui travaillent à la chaîne. Je peux avoir les mêmes problèmes » proclame la candidate.  

Les premiers pas dans le militantisme

Dans une ambiance décontractée, autour d’une bière, Valérie Hamon explique qu’elle est issue d’un milieu ouvrier. Mais ce n’est pas de ses parents qu’elle a hérité son engagement. « Mes parents n’étaient pas militants même s’ils se défendaient à leur façon ». Cette petite femme aux cheveux courts raconte que c’est son itinéraire personnel qui l’a conduite dans les rangs de LO.  

« Le milieu prolo, je ne connais pas, même si je partage et défend sa cause ». En effet, les parents de Françoise Dubu étaient enseignants. « Des militants laïques » précise-t-elle. « Cet environnement familial m’a évidemment poussée vers la revendication ».  

Pour les deux femmes, les débuts à l’extrême-gauche remontent à la période des études. L’aînée a rejoint LO à 17 ans quand elle était au lycée, dans les années 75. En 1980, elle se réoriente politiquement et part à la LCR de Fougères. Ce départ n’est pas dû à un événement particulier. « Cela découle d’une maturité politique » argumente Françoise Dubu. Néanmoins, elle ajoute en souriant : « LO ne souhaitait toucher que le milieu professionnel. Comme je me destinais au professorat, je n’étais pas une cible privilégiée ».  

Valérie Hamon, elle,  a commencé à s’intéresser aux idées communistes au moments de la guerre du Golfe, dans les années 90. « Le fait qu’on avait tant d’argent à mettre dans les armes alors qu’un million de personnes ne pouvaient pas manger à leur faim m’a révoltée ». Elle a « mis du temps » à forger ses propres convictions mais LO s’est trouvé être le parti qui lui « parlait le plus ».   

A 19 ans, elle doit arrêter ses études pour subvenir à ses besoins. C’est à ce moment que la rencontre avec ce parti d’extrême-gauche se fait. « J’ai milité pendant deux ou trois ans. Le vrai engagement ne date que de 1995 », affirme-t-elle. Pendant les huit années qui suivent, elle multiplie les contrats d’intérim et ceux à durée déterminée, puis ce sera la SNCF.  

Une politique du chacun pour soi?

C’est en 2004 que Françoise Dubu se présente comme tête de liste pour la première fois. C’était déjà à l’occasion des régionales. La médiatisation vient avec. « Ce n’est pas toujours facile, car on est face à des professionnels de la politique ». Elle continue dans sa lancée en apparaissant sur les listes pour les Législatives de 2007 et les Européennes de 2009.  

Parcours presque identique pour Valérie Hamon. La candidate LO devient porte-parole du parti en 2005 et avance avec la Françoise Dubu vers les élections de 2007 et de 2009. Même si elle est tête de liste à plusieurs reprises, elle reste peu connue à Paris. Le 30 janvier 2010, elle était invitée à France 3 dans l’émission : la Voix est Libre, pour parler de sa candidature et du programme de LO (voir la vidéo).  

Comme dans chaque parti politique, une part de leadership est à prendre en compte. Les deux femmes clament le contraire. Elles affirment ne pas avoir assouvi une ambition personnelle en devenant têtes de liste. « Ce n’est pas comme dans les grands partis. Il n’y a pas de lutte de pouvoir à notre échelle », soutient Françoise Dubu. « Ma position sur les listes n’émane pas de ma volonté propre. Le NPA souhaitait avoir une femme en tête de liste, afin d’affirmer ses prérogatives en termes de féminisme ».  

La place d’une femme en politique, dans un univers d’hommes, peut encore être problématique. Cependant, Françoise Dubu vante les mérites de son parti : « il n’y a aucune velléité de la part des hommes du NPA, bien au contraire ».  

Valérie Hamon, quant à elle, met en avant la « parité naturelle » qui s’inscrit à LO. « Sur les 21 listes, il y a 10 femmes têtes de liste et 11 hommes. La loi n’impose en rien un tel équilibre entre les sexes pour la distribution de ces places ».   

Morgane Fleury

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