Electricité : des régionales sous haute tension

 
 

La centrale thermique de Ploufragan devait être construite sur le site du Pré-Rio. Elle aurait fonctionné au fioul et au gaz.

Il aura fallu deux ans de rude combat pour que le Collectif urgence réchauffement climatique (Curc) obtienne gain de cause. Le 12 janvier 2010, le projet de construction d’une centrale thermique à Ploufragan, dans les Côtes-d’Armor, a été définitivement enterré.

Entre temps, la précarité énergétique de la Bretagne a fait grand bruit.  Manifestations, coupures électriques en période hivernale… la médiatisation a été très importante. Résultat : impossible pour les partis de botter en touche à l’approche des élections. Produisant seulement 8 % de l’électricité qu’elle consomme, la région doit, selon RTE (Réseau Transport Électricité, filiale d’EDF-GDF), se doter d’unités de production d’énergie.

 Info ou intox? Y a-t-il vraiment un nouveau besoin en production électrique, ou est-ce une manoeuvre de campagne ? «Les médias donnent l’impression que le problème est plus grave » commente un membre du Curc.

 Retour sur les faits. Le 28 septembre 2007, Gaz de France dépose une demande de permis de construire pour une centrale fonctionnant au fioul et au gaz. L’implantation devait se faire sur le site du Pré-Rio, à Ploufragan. Objectifs :

  •  pallier la demande croissante en électricité
  • éviter les black-out en période hivernale

Mais le projet de centrale thermique provoque la fronde des riverains, des élus et des associations écologiques. Deux enquêtes publiques sont menées et, le 13 janvier dernier, le projet est finalement enterré. À quelques jours des régionales, aucune solution n’a été trouvée et les partis doivent se positionner.

 Un enjeu de campagne

Pour les régionales, l’énergie est donc un véritable enjeu. La RTE ayant mis en garde, cet hiver, des risques de délestage du réseau électrique, la population est sensibilisée à ces problèmes d’approvisionnement. Chaque parti y va de ses propositions, alors que le projet de centrale thermique n’est plus à l’ordre du jour.

Sauf peut-être pour Bernadette Malgorn qui ne se prononce pas clairement à ce sujet. Tête de liste UMP en Bretagne, elle préconise, « en attendant, des énergies non renouvelables car sinon la Bretagne se retrouvera dans le noir et dans le froid ».

Les autres partis prônent plutôt une baisse de la consommation. Michel Balbot, directeur de campagne de la liste Bretagne d’Europe Écologie s’oppose, lui, « à toute nouvelle centrale nucléaire ou thermique ».

« Nous proposons des économies d’énergie, qui passent par la réhabilitation des vieux logements : isolation pour l’ancien et construction aux normes HQE (Haute qualité environnementale) pour le neuf. Nous souhaitons également que dans 20 ans la Bretagne soit totalement autonome énergiquement ».

Une demande réelle en électricité?

De son côté, RTE ne cesse de marteler qu’il y a urgence. Didier Beny, directeur RTE Ouest déclarait, sur ArmorTV, « tous les hivers, on va prendre des risques et on aura des coupures dès qu’il fera froid ». (écouter l’extrait)

Le CURC ne l’entend pas de cette oreille. Dans un communiqué datant du 1er juillet 2008, les membres du collectif pointent du doigt les vraies raisons qui, selon eux, motivent le projet :

  • Le risque de panne invoqué ne serait qu’une hypothèse, puisqu’il faudrait qu’il y ait « à la fois une forte pointe de consommation hivernale et une rupture accidentelle totale de la plus importante des lignes à haute tension qui alimente la Bretagne nord (400 000 volts), rupture totale qui ne s’est jamais vérifiée en France ».
  • Les coupures qui ont lieu lors des pics de consommation ne seraient pas dues à une carence d’électricité mais plutôt au manque d’entretien du réseau.

Sur le site Dailymotion.com, André Ollivro, ancien ingénieur d’EDF et membre du Curc, dénonce « la logique de profit de RTE ».

« Cette centrale de 200 mégawatts, alors que le besoin exprimé par RTE n’était que de 60 à l’origine, c’était pour revendre, par le biais des autoroutes de kilowatt-heure, de l’électricité moins chère en Allemagne et dans les Pays-Bas, voire même en Espagne » (voir la vidéo).

André Ollivro explique qu’en 2007, la consommation énergétique en Bretagne a stagné, qu’elle a même baissé en 2008 et qu’en « 2009, ce sera la dégringolade ». Pour lui, nul besoin de construire une centrale.

Joint par téléphone, RTE n’a pas souhaité communiquer. « Étant donné que ces questions n’intègrent pas que l’entreprise, mais également la Région et l’État, on ne peut pas communiquer pendant la campagne électorale ».

Un silence qui jette un froid sur la campagne. Alors, construction d’une centrale ou baisse de la consommation ? Le choix revient aux électeurs qui trancheront en mars prochain.

Simon Jousset

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