En Bretagne, on vote pour la diversité choisie

Aux Législatives de juin 2007, aucun candidat de la diversité n’a été présenté en Bretagne. C’est ce qu’indiquent les statistiques établies par Vincent Geisser et El Yamine Soum, auteurs de « Discriminer pour mieux régner ». Si les femmes sont désormais représentées à égalité avec les hommes sur les listes grâce à la loi sur la parité, on ne peut pas en dire autant des minorités. A fortiori en Bretagne.

Faut-il imposer des quotas aux partis pour que les Conseils régionaux reflètent davantage le visage de nos provinces ? La question de la diversité en politique a été relancée le 8 février 2008 par Nicolas Sarkozy, lors de son discours sur une nouvelle politique pour les banlieues. (Voir la vidéo, à partir de 10:00)

Le PS bien mieux que l’UMP

Selon une étude menée par le CRAN lors des élections européennes de juin 2009, le PS, avec un taux de diversité de 14,5% au sein de ses listes, faisait alors bien mieux que l’UMP qui ne présentait que 4% de diversité sur ses listes. « Ce n’est pas encore suffisant, mais vous savez, il y a à peine six ans on n’y pensait même pas », assure Arnaud Bonnet, animateur fédéral du Mouvement des jeunes socialistes d’Ille-et-Vilaine, d’origine guadeloupéenne.

Au sein du Parti socialiste, la question des quotas fait débat. En octobre 2009, une Charte de la diversité a d’ailleurs été adoptée. Officiellement, le PS n’impose pas de quotas sur ses listes. Mais en réalité, l’objectif est de proposer 15% de candidats issus de la diversité lors des prochaines élections.

Le jeune militant s’explique : « Ce principe n’est pas applicable aux régionales, mais il le sera à l’avenir. Evidemment, cela ne fait plaisir à personne, mais il faut le voir comme une mesure transitoire ».

Selon Matthieu Theurier, militant du parti des Verts et co-président des Jeunes Verts à Rennes, les quotas ne sont pourtant pas une solution à long terme. Chez les écologistes, le choix des candidats est avant tout une question d’équilibre, de bon sens. « Peut-être qu’un jour on n’y arrivera pas et que se posera la question des quotas. Il faudra alors qu’on se demande quel sens on donne aux quotas ».

Encore du chemin à parcourir

Tous les candidats aux élections régionales promettent la même chose : « On essaie d’être à l’image de la Bretagne ». Mais quotas ou pas, il reste encore du chemin à parcourir avant d’avoir des listes réellement représentatives de la diversité de la population. Même si évidemment, une région comme la Bretagne, avec une immigration historiquement faible, n’est en rien comparable avec les mégapoles parisienne, lyonnaise ou marseillaise.

La diversité n’est pas seulement une question de couleur de peau. En France, la loi interdit d’ailleurs de réaliser des statistiques ethniques, autorisées aux Etats-Unis. Quel que soit leur orientation politique, les militants bretons préfèrent parler de mérite plutôt que de discrimination positive.

Hind Saoud, candidate socialiste aux régionales en Bretagne : « Depuis quelques années, les gens issus de la diversité se reconnaissent davantage dans le discours des politiques. Le fait de présenter des candidats issus de l’immigration interpelle les jeunes générations.Mais c’est à ces gens de venir nous voir aussi. »

2,2% d’immigrés en Bretagne

Du côté de l’UMP, si on s’accorde sur la nécessité de listes représentatives de la population, on n’aime pas non plus le mot « diversité ». « Quand on fait du quota pour du quota, les militants voient bien qu’on les prend pour des imbéciles », explique François-Éric Godeffroy, responsable des Jeunes Populaires dans la région. Et qu’on se le dise : sur la liste menée par la candidate Malgorn, « les candidats issus de la diversité on n’est pas allés les chercher en Afrique, on n’a pas sorti ces gens-là pour les régionales ! ».

Ce que confirme Adrien-Wany N’Koghe, militant UMP depuis deux ans, en position éligible dans l’Ille-et-Vilaine : « Nous sommes déjà deux personnes issues de la diversité sur la liste, ce qui est largement représentatif en Bretagne».

L’Observatoire des migrations en Bretagne recensait 66 000 immigrés en 2005. C’est 2,2 % de la population bretonne. À l’échelle nationale, les immigrés sont 8 %. Il paraît donc logique qu’il y ait moins de candidats issus de la diversité en Bretagne que dans les autres régions de la métropole.

Arnaud Bonnet, militant socialiste né à Paris de parents antillais, confirme : « Si je me présentais aux élections régionales ici, je ne représenterais que moi ! »

Gautier Guigon

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