Solidarité et Progrès fait campagne en territoire hostile

Militer en groupe permet d’éviter les problèmes

Secte, parti d’extrême-droite, repaire d’antisémites et d’homophobes… Les accusations contre Solidarité et Progrès sont nombreuses. Qu’il indiffère, fasse sourire, agace ou inquiète, c’est en effet un parti controversé qui n’est pas le bienvenu partout à Rennes.

Une rumeur persistante, relayée sur la Toile, voudrait que le président de l’Université de Rennes II, Marc Gontard, ait officiellement interdit ce parti sur le campus. La troisième vice-présidente, Danielle Charles-Le Bihan, dément fermement : « nous n’avons aucun contact avec ces gens et il n’y a jamais eu la moindre intervention de l’université en rapport avec eux ».

Alexandre Noury, tête de liste de Solidarité et Progrès pour les régionales 2010, joue les innocents : « J’aimerais bien qu’on me montre un papier comme quoi on est interdit à Rennes II. Le mythe de Rennes II c’est vraiment une rumeur d’Orléans. J’ai jamais reçu de courrier comme quoi j’étais interdit de rien du tout».

Un rejet bien réel

Ses militants ne se risquent pourtant pas à mettre un pied sur le campus. « Ils tractaient encore à Rennes II il y a un an, mais ils se sont fait jeter par les étudiants », raconte Kévin, étudiant membre du SLB, le syndicat des travailleurs bretons. « Maintenant, ils ne se pointent plus à la fac » se réjouit François, activiste de Sud étudiant. Trop peu nombreux pour résister – ils ne sont qu’une vingtaine en Bretagne – les militants de Solidarité et Progrès ont fait leur deuil du campus de Rennes II.

Pourquoi un tel rejet ? « Les syndicats et partis présents à Rennes II exercent un contrôle politique. Un groupe qui n’est pas en lien avec eux et qui vient militer à la fac, recruter un certain nombre de personnes, ça les embête inévitablement », tente de convaincre Christophe Paquien, membre du parti.

Ce n’est pas l’explication que donnent leurs détracteurs. « On les rejette pour plusieurs raisons, explique Kévin du SLB. Déjà, c’est une secte – l’Association pour la Défense de la Famille et de l’Individu a réuni un faisceau de preuves. Ensuite, ils sont homophobes et d’extrême-droite, bien qu’ils se revendiquent de gauche. »

Bannis du campus, les militants de Solidarité et Progrès ont investi le centre-ville. Par petits groupes, ils interpellent les passants. Une table pliante jonchée de tracts et un chevalet en bois supportant leurs affiches de campagne les accompagnent partout.

Ce lundi 8 février, quatre d’entre eux ont investi la place du Colombier. Aujourd’hui tout se passe bien, mais ce n’est pas toujours le cas. « On ne les traque pas mais, quand on passe devant un stand de Solidarité et Progrès, on le détruit », explique une militante de Sud étudiant.

Le discours est identique au sein du SBL, bien qu’il n’existe aucune consigne officielle de ces syndicats à ce propos. François, de Sud, affirme quant à lui aller les voir « pour démonter leur discours et les décrédibiliser auprès des gens ». Les militants de Solidarité et Progrès affirment que ces pratiques sont marginales.

« Il nous arrive de nous faire agresser par des individus mais c’est très rare. Dans ces cas-là, ils s’emparent de nos tracts, ils sont parfois violents avec le matériel et ils lancent des calomnies. Mais encore une fois, cela concerne un nombre très restreint d’individus », souligne Elodie, militante de 22 ans.

Des opposants déterminés

Relayée par différents groupes comme le Collectif Antifasciste rennais ou le Comité de Vigilance contre l’extrême-droite, l’opposition à Solidarité et Progrès n’a pas les moyens de surveiller systématiquement les militants. Les rassemblements officiels du parti offrent plus de prise à la contestation.

Le 11 mars 2009, une dizaine de jeunes antifascistes ont ainsi tenté de perturber une réunion tenue par Jacques Cheminade, leader français du parti. Après avoir distribué des tracts dénonçant les dérives de Solidarité et Progrès, « ils ont fait irruption dans la salle en nous traitant de fascistes », se souvient Alexandre Noury. Officiellement, de tels incidents ne lui font pas peur.

« Ça peut arriver qu’il y ait des gens qui soient pas contents, mais ils vont pas nous tuer. Notre vrai problème, c’est de financer la campagne et de respecter la parité », affirme-t-il d’un ton sans appel. Si Solidarité et Progrès réussi à boucler sa liste, ses détracteurs comptent pourtant bien jouer un maximum les trouble-fête.

Anne Le Bon

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